David avec la tête de Goliath - Michelangelo Merisi (Caravaggio) (1609)
Je dois dire que je suis assez autosatisfaite car tout à l’heure, à la réunion d’agence, j’ai réussi à placer cette image du Caravage dans la présentation Powerpoint du boss qui m’avait demandé, quinze minutes avant le début de la réunion, de lui illustrer en urgence et de façon amusante ses slides. J’ai réussi à coller une ou deux photos, dont un petit montage, qui ont effectivement fait rire l’assistance mais cette reproduction, qui symbolisait notre volonté de devenir “une alternative aux grands groupes de com” (David contre Goliath !), était un clin d’oeil personnel à moi-même.
J’avoue que cela m’a intérieurement ravie de voir ce magnifique chef d’oeuvre projeté à l’écran quelques minutes durant notre réunion ! J’étais sûrement la seule et j’en ai été d’autant plus enchantée.
C’est l’une des peintures les plus fortes du Caravage qui s’est lui-même représenté en Goliath décapité. C’est sa tête qu’il offre ainsi au neveu du Pape au moment où celui-ci s’apprête à l’autoriser à revenir à Rome. De nombreuses interprétations ont tenté de décrypter ce tableau dans lequel David a presque une expression de pitié (humanité) et où son épée s’arrête au niveau de son sexe (homosexualité). Peu importe, l’impression qu’il fait, lorsqu’on le voit en vrai à la galerie Borghese (Rome), est saisissante.
Cette reproduction, je l’ai envoyée en carte postale au cher homme (à qui j’ai plaisamment demandé de ne chercher aucun sous-entendu ou symbole derrière ce choix) et, apparemment, il a dû la recevoir, comme beaucoup, aujourd’hui. C’était, je pense, ma plus belle carte postale sur les quinze que j’ai écrites. J’ignore s’il l’aimera ; en tout cas, en revoyant ce tableau tout à l’heure, pendant que le boss nous expliquait notre stratégie de développement, j’ai secrètement pensé à lui aussi.
Ce qui est bien et beau, lorsqu’on aime (dans un sens très général), c’est que les objets, les sons, les parfums etc. prennent une valeur sentimentale. Il suffit que l’on entende un air, que l’on regarde un film, que l’on contemple une photo ou croque une madeleine pour que s’élève soudain en nous l’image associée à la sensation d’une personne aimée. Tout nous rappelle ces personnes et ces personnes donnent du prix à chaque chose. C’est cela qui rend le monde beau et important aussi.
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Ce soir, j’ai eu Mimine au téléphone ; elle voudrait que je lui dessine une invitation pour son pot de départ. Faut que je réfléchisse et que l’inspiration me vienne. Mais si ça peut lui faire plaisir.
Mimine s’inquiète. “Qu’est-ce que c’est que ce R., le nouveau chouchou ?!”
Mais non. On se calme. Il n’y a pas de nouveau chouchou. R. je l’aime bien, depuis toujours. C’est vrai que nos échanges, parfois, semblent des échos d’autres échanges. Parce que ce genre de correspondance s’auto-nourrit et appelle une certaine forme de réponse. J’ai bien compris, maintenant, qu’en écrivant d’une certaine manière, on influait sur la réponse à venir. R. et le cher homme sont tous deux des hommes cultivés et lettrés. Donc avec l’un comme l’autre, dans la mesure où il y a sympathie réciproque, j’entretiens une correspondance plus soutenue qu’avec d’autres personnes qui me sont totalement indifférentes.
Mais il n’y aura jamais qu’un seul cher homme. Et loin derrière lui, R. Et loin derrière, personne. Faut pas exagérer. Je ne suis pas l’amie de tous les quinquas/sexas de la planète.
Si je parle de R. en ces jours de douce nostalgie, c’est avec un certain amusement détaché, quoique je l’apprécie énormément sincèrement. Il serait effectivement tellement facile - et vil, quelque part -, de tenter de reproduire le même schéma avec lui. Mais quand même, je vaux mieux que cela, je crois ; j’espère ! Fidélité et loyauté sont les deux commandements/fondements de ma vie. Et si je prends un plaisir sincère à échanger avec R., jamais celui-ci n’aura le statut du cher homme qui fut, durant tous ces mois, la cause de tant de joie et de désespérance, de doute et d’interrogation et dont le bonheur personnel m’importe. L’a-t-il jamais compris ? Moi qui ai fait (plus ou moins) bonne figure lorsque je l’ai vu alors qu’en fait, il piétinait mon coeur avec ses bottes de jardinier ? Tout cela, je m’en doutais tellement, mais l’entendre de vive voix, c’est encore autre chose.
Alors non, bien sûr, je n’aurai pas cette faiblesse, cette lâcheté dégoûtante de me “consoler” mesquinement avec un “challenger”. Le cher homme est une chose ; R. en est une autre. C’est juste amusant de voir ces deux correspondances se développer parallèlement, avec leurs similitudes et différences.
R. comme récréation, comme respiration, comme relâchement, comme repos, comme rigolade… Non, vraiment, ça n’est et ne sera jamais le cher homme à qui je renonce parce que je n’ai pas d’autre choix mais que je regretterai toujours de n’avoir pas connu ailleurs, autrement, dans une autre vie…
Ouf ?
“Soyez assez grand pour vous dépouiller de tout amour-propre, pour résoudre notre attachement jusqu’ici si douteux et plein d’orages par cette douce et sainte affection.” Honoré de Balzac, le Lys dans la vallée
Mon week-end prolongé d’enchantement(s) m’a non seulement subjuguée (des photos et le récit de mon périple bientôt) mais également permis d’oublier un peu le cher homme pour qui, ma foi, j’ai et aurai toujours, je crois, une affection profonde. Même s’il semble, depuis une semaine, avoir décidé de prendre ses distances. Peut-être a-t-il raison de vouloir revenir à une relation strictement professionnelle. Mais d’un autre côté, ce n’est pas moi qui, la première, ai cherché à en dévier.
Suis-je suis trop naïve de croire qu’une amitié sincère est possible ? Moi, je veux bien (essayer de) faire ma Princesse de Clèves / Madame de Mortsauf / Nouvelle Héloïse… puisque de toute façon, je n’ai pas d’autre choix. Ha Ha. Mais a-t-il envie de rester en contact autant que moi je le souhaite ?
Parfois, je suis à la limite de me sentir un peu trahie, voire manipulée pour le coup. Et ça m’énerve de penser ça car je n’ai absolument aucune envie de lui en vouloir, pour quoi que ce soit, ayant moi aussi trouvé quelque agrément à nos divers échanges…
Enfin, j’imagine que tous ces sentiments contradictoires vont s’estomper avec le temps, comme les petits nuages légers s’en vont au loin, balayés par un vent nouveau…
* * *
J’ai reçu en début de semaine une carte de Mme A., ma prof d’Anglais de Sciences Pipo Lyon que j’ai toujours appréciée pour son côté libre, libertaire, entreprenant, créatif, audacieux. Un sacré caractère. Un personnage résolument atypique parmi tous les profs consensuels de l’établissement. Elle m’en imposait, même si je séchais tout de même largement ses cours - presque autant que les autres. Mais j’aime les gens qui m’en imposent.
La dernière fois que je l’ai vue, qui était également la première fois depuis six ans ou sept ans, je m’étais dit à l’issue de notre déjeuner, au demeurant fort convivial, que j’avais encore brillé par ma fadeur. De visu, je peux parfois être d’une insipidité assez désespérante. D’autant plus avec les gens qui m’en imposent. Je ne sais pas, d’ailleurs, pourquoi je recherche absolument ce genre de rapport déséquilibré d’autorité et de supériorité intellectuelle. J’aspire à côtoyer un certain type de personnes qui me laissent, en même temps, étrangement tétanisée. Du coup, j’éprouve toujours un sentiment complexe qui mêle la satisfaction d’avoir pu établir un contact avec quelqu’un que j’admire à la déception de n’avoir pas été à la hauteur de ce contact.
Bref. Je m’attendais peu à recevoir de ses nouvelles car je m’étais sentie bien ennuyeuse ce jour-là face à sa pétillance et son expérience. La surprise de sa carte a été agréable, rassurante. Même si je reste méfiante vis-à-vis de moi-même et que je sais qu’il faudra un jour que je m’affranchisse de ce statut d’“éternelle élève”, comme dit Madame la Psy.
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Hier, R. m’a appelée au bureau pour me demander des infos sur le statut d’auto-entrepreneur. R., c’est l’un de “mes” formateurs, le rédac chef de cette émission culturelle pour le Service Public. Pendant longtemps, je l’ai surnommé affectueusement Droopy (pour moi-même, bien sûr) parce qu’il a des poches sous les yeux qui lui donnent un petit air fatigué de la vie charmant, mais comme ce n’est pas forcément très flatteur et qu’il ne mérite pas de porter le nom d’un chien, même adorable, je me contenterai de le nommer R., sans grande originalité.
R., c’est le premier formateur et le seul en deux ans que j’ai vu “en action”. Je venais d’arriver dans la boîte et j’avais demandé à mon boss d’assister à un média training car j’ignorais de quoi il s’agissait. C’est tombé sur lui.
J’étais arrivée un peu en retard sur le lieu de formation. Mr. A. m’avait conduite en voiture et nous nous étions retrouvés bloqués dans les embouteillages parisiens des heures de pointe. R. m’avait envoyé des textos et laissé des messages vocaux pour m’indiquer que le matériel vidéo n’était pas utilisable. Bonjour l’angoisse. D’ailleurs, quand j’y pense, la première fois que j’ai vu le cher homme, j’ai eu aussi de sacrées sueurs froides. Mais c’est une autre histoire.
Donc ce jour-là, j’étais arrivée en panique, pas très fière de mon manque de rigueur professionnelle et puis j’avais vu ce type à l’air super sympa, le genre un peu bourru au coeur tendre. Finalement, tout s’était arrangé et j’avais observé avec beaucoup d’intérêt sa méthode de formation. A midi, j’étais allée déjeuner avec lui et les participants sans décrocher un mot, très intimidée.
Dès ce premier contact, j’ai eu pour R. la plus vive sympathie, sans trop savoir pourquoi, puisque évidemment, on ne peut pas dire qu’on se connaît plus que ça. Les seules choses que je sais de lui, c’est qu’il a une femme / compagne, deux filles d’une vingtaine d’années (je crois), qu’il fume et qu’il roule en scoot. Mon boss qui avait remarqué mon inclinaison à son encontre l’appelait en plaisantant mon “chouchou”. Avant que le cher homme n’apparaisse, R. avait effectivement été mon premier chouchou.
En y réfléchissant, je constate que R. et le cher homme ont attiré ma sympathie physiquement, d’abord. C’est sûr, on est en premier lieu séduit par ce que les autres dégagent physiquement, visuellement. Tous deux correspondent, je crois, au genre d’hommes que j’apprécie, assez masculins, charismatiques, avec un visage de caractère aux traits affirmés et prononcés par l’expérience de la vie, une certaine élégance et prestance et, plus qu’une beauté lisse et parfaite, un charme irrésistible.
Les deux ont pourtant, je pense, peu en commun et je ne sais même pas s’ils s’apprécient plus que ça, si jamais ils se connaissent. Le premier a un charme discret et rugueux ; le second, plus classieux, a l’assurance du séducteur qui sait qu’il plaît aux femmes. Sur le plan politique, je les imagine relativement éloignés l’un de l’autre. Quant à leurs centres d’intérêt, l’un me semble plus tourné vers la culture et l’autre vers l’actualité / politique / économie, même s’ils s’intéressent aux deux. Bref, ces deux hommes me plaisent pour des raisons différentes et complémentaires.
R. et moi, nous nous aimons bien, je pense. Enfin, moi, c’est sûr, je l’aime bien. Je l’avais croisé avec Raph’ dans les allées d’un salon bio l’hiver dernier. Il m’avait hélée alors que je ne l’avais pas vu et j’en avais été enchantée car c’est toujours chouette de croiser par hasard quelqu’un que l’on apprécie.
Donc R. m’a appelée hier alors que je lui avais dit la veille que je n’y connaissais rien à ce fameux statut d’auto-entrepreneur, mais nous avons bien rigolé au téléphone. Comme m’a dit une formatrice qui a bossé avec lui récemment : “Mais il est charmant cet homme !”
Déjà, au téléphone, il a une superbe voix. D’ailleurs, Delfouine ne s’en est toujours pas remise, qui a eu une érection (capillaire) en me le passant.
Ensuite, c’est un type drôle (contrairement à ce que pense mon boss, qui s’en arrête trop vite à son côté réservé) ET cultivé ET modeste (c’est-à-dire que, contrairement à pas mal de gens du milieu, il n’est jamais en train de parler de lui, sa vie, son oeuvre avec forfanterie), ce qui est un peu le tiercé gagnant pour rendre une Céline fan. Depuis quelques temps, on échange des mails chaleureux, amusants, relativement fournis, notamment sur Rome, dont il m’avait parlé il y a quelques mois. La Villa Borghese, c’est lui qui me l’avait conseillée quand je lui avais dit mon admiration pour Bernini.
Nous avons donc parlé de vive voix de la ville éternelle, qu’il avait adorée aussi, et je lui ai dit en plaisantant que j’allais essayer de motiver Bruno pour qu’il nous organise des séminaires internes (avec les formateurs) (enfin, ceux que je préfère, ha ha) là-bas ! Ce serait un excellent lieu de team building (mon dada du moment)… Je me sens parfois l’âme d’une G.O. du Club Med !
Il a terminé la conversation par un chaleureux “je vous embrasse” qui m’a laissée un peu perplexe, bien que je n’aie senti aucune ambiguité derrière ce salut.
Non, non, je ne suis pas tombée amoureuse de lui, rien à voir avec le cher homme ! et quelque part, tant mieux si nous gardons cette distance cordiale. C’est une autre sorte de relation, que j’apprécie également. Mais telle que je me connais, il va falloir que je fasse attention à ne pas mettre trop de sentimentalité là-dedans. Et surtout à ne pas essayer de remplacer, inconsciemment, le cher homme. De toute façon, Manolo m’a prévenue : si je tombe amoureuse de celui-là, il me “pète les dents” (sic.)
Quoiqu’il en soit, je trouve R. übercool et j’ai très envie de l’interroger sur son boulot, qui me semble assez passionnant. C’est vrai, être rédac chef d’une émission culturelle, ça doit être génial, non ?
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A l’agence, une nouvelle est arrivée. Elle vient assister notre gestionnaire. Elle a fait un DEA de lettres modernes à la Sorbonne sur la littérature libertine du XVIIIe siècle (de Laclos à Sade en passant par d’autres auteurs plus confidentiels que je ne connais absolument pas, même de nom). Je l’ai découvert en acceptant son invitation sur Viadeo. Forcément, j’ai trouvé le sujet génial : comment cette littérature de l’érotisme a participé à l’esprit de liberté qui s’est déployé au Siècle des Lumières et a annoncé la Révolution (si j’ai bien compris ce qu’elle m’a expliqué). Au déjeuner, nous avons un peu plus discuté et j’ai appris qu’elle avait fait une hypokhâgne en lettres classiques (wah !), que ses parents ont tous deux fait l’Ecole du Louvre (wah bis !), que sa mère bosse au Ministère de la Culture dans la conservation du Patrimoine et que son père tient un atelier de restauration d’arts graphiques (tout ce qui touche au support papier). Bref, elle adore la littérature et les arts et, vraiment, j’ai passé un déjeuner super intéressant, d’autant plus que la fille est hyper nature et spontanée, “simple et funky”, tout ce que j’aime, quoi.
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A midi, le boss est passé en salle de déjeuner et je lui ai avoué que j’avais l’impression de “rouiller”. Il a eu l’air surpris. Le problème, c’est que je ne sais pas trop quoi lui proposer pour changer cet état de fait, mais au moins, c’est fait, j’ai exprimé l’ennui que j’éprouve un peu chaque jour. Reste à voir comment je vais pouvoir y remédier, mais l’avoir dit devra me pousser à tenter de trouver une solution. Apparemment, je vais aller aider I. de temps à autres sur l’événementiel. Bon.
Cet après-midi, nous avons eu une grande réunion interne, fort intéressante, sur l’avenir de l’agence. Les choses se mettent en place doucement : politique d’intéressement (vraiment… intéressante vu nos résultats), projets stimulants qui dépassent le cadre du conseil pur et dur… avec entre autres l’idée d’un séminaire interne et d’une fête avec nos prestataires (donc nos formateurs) annuels. Trop cool ! Normalement, nous devrions tous passer un entretien individuel annuel avant la fin de l’été, l’occasion pour moi de réfléchir sérieusement à ce que je veux faire et devenir au sein de cette boîte que j’aime par ailleurs beaucoup - enfin, dont j’aime une partie des gens qui la composent.
Tant de réflexion, ouch !
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En attendant, je me prépare doucement aux vacances… Bientôt le sud, le soleil, le chant des cigales, la brise marine, l’odeur de l’iode, la végétation qui craque sous la chaleur, la famille, les chevaux (un stage ?), les copains, la mer, la mer, la mer !
J’ai pris l’apéro hier chez Anne-So et son copain. Elle s’apprête à partir pour Madrid samedi. Elle m’a montré des photos de son appartement, un 80m² hallucinant, trop beau, refait à neuf par un architecte, à deux rues du Palacio Real. Elle me montrait les pièces en se marrant : “Là c’est ta chambre !”, “Regarde ta salle de bain !”… Elle a insisté : “Viens me voir, ça me fera plaisir, même avec quelqu’un, une semaine, quinze jours ! Tu auras ta chambre, tu vivras ta vie…”
On a rêvassé en rigolant. Mais c’est sûr que je vais y retourner, plutôt fin septembre ou en octobre, je pense.
Revoir le Prado !…
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Sinon, pour finir, j’aime bien recevoir ce genre de sms, sans m’y attendre le moins du monde :
Annonce vue en attrapant un bus vers Luxembourg. Le choc. 36 m² aux Gobelins : soit la surface que je possède actuellement, soit à un arrêt de mon chez moi actuel. Truc de ouf !
Les photos donnent envie. Ca a l’air lumineux.
En revanche, c’est en rez-de-chaussée. Embêtant. Sauf si ça donne dans une cour intérieure, ça peut être rigolo. Et puis il n’y a pas l’air d’avoir beaucoup de surface de murs pour mes étagères et bibliothèques !
Mais j’ai encore un peu de temps pour rêver à de l’à peu près accessible…
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Sinon, Rome, c’était… pfffiouuu… Aucun mot (enfin si, mais pas ce soir !) pour décrire ce que j’ai ressenti.
Tellement de beauté en un seul lieu. Le Bernin, le Caravage, comme s’ils m’attendaient (je vous ai dit que j’étais possessive de ce que j’aime)…
Je dois trier mes photos et mes souvenirs, j’en ai tellement. Plus de souvenirs que d’images d’ailleurs. J’essaierai d’en parler. Mieux que de Budapest et Madrid, ha ha, qui attendent toujours d’être passées en revue.
En tout cas, une chose est sûre, ces trois (petits) voyages de l’année sont allés crescendo dans l’émotion. Budapest, sympa, mais heureusement qu’il y avait Hermine parce que seule je me serais probablement suicidée à la station Ferenc Körút (Hermine comprendra). Puis Madrid, très joli. Vraiment. Quoique petit. Je risque fort d’y retourner d’ailleurs d’ici octobre car ma copine Anne-Sophie part ce week-end en poste quatre mois là-bas et je suis (évidemment ?) invitée dans son super appart’ de 80 m² en plein centre ville ! Trop de la balle ! A moi le Prado et la Fondation Thyssen, encore, encore !!! (En même temps, je devrais peut-être culpabiliser de courir la voir à Madrid alors qu’en quatre ans à Paris, on s’est vu genre, heuh, trois fois… Hum.)
Et Rome ! Aaaah Rome ! Promis, j’en reparle, parce que vraiment, c’est l’une des plus belles villes que j’ai jamais vues, je crois, même si je n’ai pas tant voyagé que ça (mais NYC, Boston, London et même l’Andalousie qui m’a durablement marquée etc. … je crois que tout ce que j’ai vu en Italie - un peu de Toscane, Venise et surtout Assise… - les surpasse !) Rome, ça a été un coup de coeur. Et Dieu sait pourtant que j’aime Paris. Mais là, toutes ces statues du Bernin à chaque coin de rues, toutes ces églises magnifiques avec des toiles du Caravage, ces fontaines et cette lumière superbe… Pfffiouuu… Oui.
L’Italie. Quel pays mes amis !
Quant à voyager seule, très sincèrement, j’ai adoré. J’ai fait exactement ce que j’ai voulu, quand j’ai voulu, comme j’ai voulu. Je suis retournée à Saint-Pierre trois fois en quatre jours, deux soirs de suite à faire la queue pour pénétrer dans la basilique, avant la fermeture, juste parce que ça me bouleversait. Et puis le dernier jour, pour monter au sommet de la coupole.
Je ne sais pas si j’aurais pu avec quelqu’un d’autre, assouvir ce besoin.
Et puis je n’étais pas si seule que ça puisque mon cher Pôpa me maintenait en contact avec la triste réalité et les informations cruciales du monde (j’ai appris grosso merdo la nouvelle vendredi vers 7h30 du matin, lors du petit déj’, en écoutant les infos diffusées à la radio italienne et ça m’a fait un choc. Je n’ai vu le sms de Pôpa qu’en redescendant dans ma chambre et eu confirmation plus tard par sms par mon frère et les copains) :
R.I.P. petit Bambi. Très sincèrement, sans avoir jamais été une inconditionnelle, je pense que c’est une sorte de génie de la pop qui est parti. En souvenir, ma chanson préférée de lui :
Voilà. Cinq mois après moi, jour pour jour, tu fêtes tes 30 ans et bien que, dans ma distraction habituelle, je manque ta grande fête pleine de “putes et de Banga®” samedi soir pour partir à Rome et y mourir un peu (à cause de toi, d’ailleurs), je n’en pense pas moins très fort à toi en ce 25 juin et te souhaite, de tout coeur, tout le meilleur à venir.
Nous ne nous connaissons pas depuis si longtemps. Si la mémoire de ma boîte mail est exacte, le premier message que tu m’as envoyé, qui est aussi notre premier contact personnel, date du 12 mai 2005 et, à l’époque, nous nous vouvoyions. Tu venais à peine d’arriver sur la première mouture de mon forum dédié à Serge Lutens, au moment où une participante avait remarqué tes posts merveilleusement bien écrits sur un autre site. Suite à des problèmes de modération, je m’apprêtais à le fermer et tu m’avais envoyé ce mail qui m’avait beaucoup touchée et se terminait par :
“Je vous souhaite bon vent, bonne route pour les projets nouveaux, et espère de tout coeur vous retrouver autour de Lutens bientôt. Très amicalement, Emmanuel”
“Amicalement” n’était encore à l’époque qu’une formule de politesse et nous ne doutions pas, sans doute, de l’affection (en tout cas de mon côté !) qui allait naître de cette rencontre, rendue possible grâce à internet… et Serge Lutens ! (Chaque jour je l’en remercie secrètement…)
Nous nous sommes rencontrés, “pour de vrai” (comme dirait Guillaume Musso) (ou Marc Lévy), un peu plus tard, je ne sais plus trop quand. Je me rappelle juste qu’il faisait froid mais que nous avons rigolé avec chaleur. Nous sommes allés dîner dans un restaurant thaï ; il y avait le beau Marius, notre chère Claudine (Cuauhtli) et quelques autres que l’histoire a moins retenus.
Tout de suite, tu m’as plu parce que tu étais en adéquation avec ce que laissaient transparaître tes mots écrits - tu ne “jouais” pas à être lettré et cultivé : tu l’es ! - et tout de suite, j’ai voulu secrètement devenir ton amie.
Il y avait ce charme naturel doublé d’une élégance vestimentaire rare, d’un raffinement précieux mais sans préciosité et cette classe tout simplement renversante ; tout en toi respirait l’amour du beau, de ta façon de parler, calme et posée, à tes gestes, harmonieux et mesurés. Un dandy moderne, sans la pose. Et puis le sourire. Doux et direct à la fois. Avec des yeux parfois nostalgiques. Je parle au passé car la première impression demeure, quatre ans après, toujours aussi forte, mais aujourd’hui encore, bien sûr, tu continues d’être un chic type autant qu’un type chic.
Donc le Manolo, dès la première rencontre, j’ai été un peu jalouse de toutes les amies qu’il avait eues avant moi, parce que je suis parfois mesquine moi aussi et que ce qui me plaît, je le veux pour moi toute seule. Je voulais le connaître. Mais le Manolo n’est pas un animal si facile à apprivoiser. Il tient respectueusement à distance car il est secret, voire mystérieux. Délicatement discret. On ne pénètre pas si facilement dans son intimité. Il ouvre certaines fenêtres pour mieux fermer d’autres portes.
Alors de toi, j’attends patiemment que tu veuilles bien me dire ce que tu veux bien me dire (logique.) Et au fond, c’est un privilège que de recevoir une confidence de toi. J’ai bien cru perdre, à un moment, le peu que j’avais gagné, en parlant trop, trop vite, étourdiment. Et je ne sais même pas si tu peux imaginer à quel point j’en ai été malheureuse, profondément, à ce moment-là ; plus encore qu’à l’idée de perdre cette amitié gagnée petit à petit, à l’idée de t’avoir blessé et trahi quand tu aurais eu besoin de confiance et silence.
Heureusement, comme un véritable ami, tu m’as pardonné aussi. Et je suis heureuse et fière de te considérer comme l’un de mes amis les plus chers, même de fraîche date, de ceux que je peux compter sur les doigts d’un moignon. J’aime ta capacité d’écoute et surtout, de réconfort ; ta franchise et ta gentillesse (une gentillesse qui n’est pas niaise) ; ton intelligence et ta culture ; ta sensibilité et ton humour. Et puis un type qui offre de la pâte à prout à une fille ne peut être qu’un type chouette
Si je pars à Rome, demain, et que je loupe ton anniversaire bêtement, c’est parce que je n’ai jamais oublié la description que tu m’as faite, un jour, chez moi, de ton court séjour, seul, là-bas. Tu étais monté en haut de Saint-Pierre, je crois et là, la vue sur la ville qui s’étendait sous ton regard t’avait tellement émerveillé que des larmes d’émotion avaient jailli de tes yeux. En t’écoutant, ce jour-là, je croyais écouter Stendhal. Tu m’as fait rêver alors tu vois, à cause de toi, je pars aussi. Je suis un peu dégoûtée de rater ta soirée, ton moment, mais d’un autre côté, je penserai très fort à toi, là-bas, où tu as su m’emmener juste par la magie de tes mots.
Je suis contente d’avoir fait ce petit bout de chemin jusque-là, à tes côtés, et heureuse de cette amitié pudique et tout en retenue (quoique de mon côté, heuh…) Je pense qu’il nous reste encore beaucoup à découvrir et partager, puisque l’amitié se construit aussi et avant tout sur des aventures et souvenirs communs et j’ai plaisir à penser qu’à 30 ans, il nous reste toute la vie pour continuer de bâtir et consolider cette amitié qui m’est chère. J’espère que l’on se verra un peu plus, même si j’ai toujours un peu peur d’empiéter sur ta liberté et ton indépendance qui me semblent au moins aussi grandes, si ce n’est plus, que les miennes ! En tout cas, si tu as besoin d’une oreille ou d’une épaule, tu sais que j’en ai deux de chaque et que je peux te les prêter quand tu veux !
Joyeux anniversaire, cher Manolo, et sache que dans une quinzaine d’années, je suis sûre que tu seras le genre d’homme dont je tombe amoureuse aujourd’hui. Evidemment, à tes yeux, ça ne doit pas être un compliment mais aux miens, c’est probablement le plus beau que je puisse te faire !